Fermeture de la dernière fabrique de charentaises en Charente


18 novembre 2019 - 390 vues

C'est une triste nouvelle : la Charente ne fabriquera plus de charentaises. Le tribunal de commerce d'Angoulême a prononcé vendredi la liquidation judiciaire de La Manufacture Charentaise (LMC) à Rivières. Il s'agissait de la dernière entreprise spécialisée du département.

Les 104 salariés, experts dans l'art du "cousu-retourné", restent donc sur le carreau. Placée en redressement judiciaire le 25 juillet dernier, l'entreprise n'avait fait l'objet que d'une seule offre de reprise, que le tribunal a rejetée. Elle ne proposait que le maintien de 38 emplois. 

La liquidation a été prononcée "avec effet immédiat", a précisé Henri Lalouette, dirigeant départemental du syndicat FO qui suivait le dossier. Il a dénoncé la "gabegie, l'incompétence et la négligence" des dirigeants qui ont conduit à cette faillite. 

Les salariés qui "vont recevoir leur lettre de licenciement dans les quinze jours, qui sont mis à la porte sans solution, payent les inconséquences de l'équipe dirigeante", a-t-il accusé. Henri Lalouette a ensuite lancé un appel pour qu'un groupe ou mécène "ne laisse pas tomber ce savoir-faire. On est dans quelque chose de patrimonial", a-t-il déclaré. 

Problèmes de gouvernance et changement de cible

Présidée par Renaud Dutreil, ex-ministre du gouvernement Raffarin et soutien de la première heure d'Emmanuel Macron, qui détient la moitié des parts, LMC est le fruit du regroupement en 2018 de quatre fabricants, déjà mal en point, des célèbres chaussons charentais. Dans une lettre ouverte aux salariés vendredi, Renaud Dutreil a regretté cette "triste issue", en assurant les salariés de son soutien pour l'accompagnement à venir. 

Son projet il y a un an était "un bon plan", a-t-il plaidé. Mais il a souligné la responsabilité d'un directeur général, depuis démissionnaire, qui a "engagé l'entreprise sur la mauvaise pente et compromis notre projet commun". Même si "la tâche était difficile", a-t-il concédé. 

Selon une source proche du dossier, la société a subi en un an une forte baisse de son chiffre d'affaires - de 13 millions d'euros pour les quatre entreprises en 2018 à 7 millions - passant d'un résultat net positif de 1,3 millions d'euros à une perte de près de 700 000 euros en quelques mois. 

Des problèmes de gouvernance, avec une direction en conflit interne, ainsi que des "mauvais choix de commercialisation", notamment en abandonnant trop rapidement ses ventes traditionnelles en grande surface pour se tourner vers le haut de gamme, expliquent notamment la dégringolade de l'entreprise, selon la même source. 

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article